jeudi 3 avril 2014

Pour toucher le ciel, prenez des talons hauts

Quelle est cette lubie féminine qui consiste à porter des talons hauts dès qu’il s’agit d’affronter un événement décisif pour la journée (ou en soirée) ?
Pourquoi faut-il s’ajouter plus de 10 centimètres quand il faut s’envelopper de son manteau de confiance pour assurer ?
Honnêtement ce phénomène ne peut s’expliquer par la grâce que cela donne en plus (à part les happy few qui sont initiés par un don naturel de marcher de manière aérienne en talon, cela prête plus à une démarche alourdie et ralentie). Il ne peut s’expliquer par cette volonté d’être dans un élément connu et confortable. Les femmes ne portent pas chaque jour ce genre de chaussure.
Mais quel incroyable sentiment de puissance cela nous confère. Les porter font tourner les regards vers notre silhouette (c’est même aussi la raison qui nous pousse à ne pas en porter tous les jours).
Quelle folie tout de même ! Les femmes adorent les talons hauts certes, mais quel objet de souffrance !!  Des astuces se mettent en place pour diminuer cette part de souffrance : des chaussures à plateforme, des semelles discrètes, des ballerines dans le sac, jusqu’à enlever les chaussures sous la table de manière plus ou moins discrète.

Conquérir le monde nous paraît à la portée d’une paire de créateur (ou d’une imitation) tant que cela fait de beaux pieds. Mais conquérir le monde de manière plus lente (vous avez déjà vu une femme courir à talon ?) paraît aussi être une façon incongrue de l’envisager. Mais l’inconscient féminin lie toujours la conquête à la séduction. Bizarre construction cognitive (facilitant tous les stéréotypes sur la promotion canapé et les femmes successful au style dominateur).
Une pointe fine et aiguisée de chaussure imite le dessin d’une lame affûtée comme source de pouvoir. Comme si le pouvoir ne peut être atteint sans souffrance.
Il demande une part de sacrifice nécessaire certes, mais cela passe-t-il par des pieds en compote ?
Je me suis posée la question avec cette vague de chaussures plates immondes devenues à la mode. 

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Va-t-on oser en porter dans des milieux professionnels ? Où des hommes font partie de l’environnement ? Quelle perception va-t-on avoir sur ces femmes qui en porteraient ?
Quand je me rappelle la folie admiratrice qui s’est emparée autour de Steve Jobs avec son look à la cool (quitte à ce que plusieurs années plus tard ce style s’est imposé auprès de tous les grands dirigeants des entreprises en high-tech devenant un code incontournable  de l’innovation, de ce qui est « in » même quand ça en devient ridicule porté comme un déguisement) je me demande sincèrement si une femme aurait été prise au sérieux en adossant ce même uniforme (jean, basket, pull noir, sans maquillage).
Mais là où était le génie de Steve Jobs, au-delà des différences dues à son sexe, se situait sur sa liberté. Une liberté qui se proclame de manière visuelle ici. Audrey Hepburn (l’icône absolu du style et de l’élégance le noter est d’une banalité affligeante mais je ne peux faire mieux sur le sujet, elle est maaaaaagnifique) en a choqué plus d’une en apparaissant presque toujours en plat. A une époque où l’extrême féminité était de mise, où le noir malgré Chanel était encore relégué à une couleur triste  et masculine.
Elle a su imposer ses choix sans aucune prétention et avec naturel.
Seuls les vrais dominateurs réussissent à se libérer des codes qu’il faut suivre pour réussir.
Pour dominer mesdames nul besoin de 12 cm en plus pour le faire, pour réussir nul besoin de se coltiner des ampoules, pour éblouir nul besoin d’être obligée de marcher plus lentement. Car le pouvoir c’est aussi la liberté.

Alors soyons libres ;) 

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